Passage
- Nathalie Girard

- il y a 1 jour
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 36 minutes

Certaines œuvres arrivent facilement. D'autres nous obligent à remettre en question tout ce que nous croyions savoir. Passage fait définitivement partie de la deuxième catégorie.

Cette photographie m'accompagne depuis longtemps. Elle évoque mon enfance, mais aussi mon propre parcours. Petite, mes parents m'avaient offert un immense lion en peluche dans lequel j'aimais me réfugier. Je m'y sentais en sécurité. En regardant cette fillette marcher avec son lion, j'ai immédiatement imaginé une histoire.
Pour moi, cette enfant avance seule vers un avenir inconnu. Elle croit puiser son courage dans le lion qu'elle transporte, alors que cette force vient en réalité d'elle-même. C'est cette idée que je voulais raconter : avancer malgré les peurs, malgré les doutes, malgré l'inconnu.
Avant même de commencer à peindre, j'ai beaucoup réfléchi à la composition. Après plusieurs essais, le format carré s'est imposé. J'ai imaginé un côté gauche froid et texturé pour représenter les peurs, tandis que le chemin, le lion et la lumière seraient baignés de couleurs plus chaudes. Tout semblait clair... jusqu'au moment où j'ai commencé à peindre.
Pendant plusieurs semaines, j'ai multiplié les essais : différents papiers, différentes palettes, pigments granulants, médiums, fusain, techniques mouillé sur mouillé... Chaque version réglait un problème, mais en créait un autre. La granulation était spectaculaire, mais elle attirait davantage le regard que la fillette. Les couleurs étaient parfois trop ternes, parfois trop envahissantes. Plus je cherchais l'effet parfait, plus je perdais l'histoire que je voulais raconter.


Puis, un jour, j'ai arrêté d'essayer de contrôler la peinture.
En réalisant un simple essai sur un papier bon marché, sans médium de granulation, j'ai compris quelque chose d'essentiel : ce n'était pas la technique qui devait être au centre de cette œuvre, mais son émotion.
Cette réalisation m'a amenée à revoir complètement ma façon de travailler. J'ai abandonné les effets qui prenaient trop de place. J'ai simplifié ma palette. J'ai laissé davantage d'espace au blanc du papier. J'ai commencé à peindre en grandes masses plutôt qu'à accumuler les détails.
Et c'est là que Passage est enfin apparue.
J'ai compris que le blanc n'était pas un vide. Il fait partie de l'histoire. Il laisse respirer la composition, guide le regard vers la fillette et le lion et crée ce silence dont cette œuvre avait besoin.
Au final, Passage est probablement moins spectaculaire que Présence, mais elle raconte une histoire plus intime. Une histoire qui se dévoile lentement et laisse au spectateur la liberté d'y projeter son propre parcours.
Cette aquarelle est sans doute celle qui m'a le plus appris depuis que je peins. Elle m'a rappelé qu'une œuvre ne devient pas plus forte parce qu'on lui ajoute toujours plus de technique ou d'effets. Parfois, elle devient plus forte lorsqu'on a le courage d'en enlever.
Je vous laisse découvrir ci-dessous quelques-unes des différentes étapes qui ont mené à la version finale.








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