Présence — Deux ans de recherche autour d’un lion
- Nathalie Girard

- 30 mai
- 4 min de lecture
Il y a deux ans, j’ai commencé un projet qui allait finalement devenir Présence.
À l’époque, je venais de découvrir les œuvres de Nicholas Lopez, et j’étais complètement fascinée par la granulation en aquarelle. J’adorais la façon dont les pigments créaient des textures organiques presque vivantes. En voyant certaines de ses œuvres, une idée m'est venue : peindre une crinière de lion en utilisant la texture naturelle de la granulation.

Le problème, c’est que je peignais depuis seulement deux ans.
J’avais choisi une couleur parfaite sur papier… mais opaque. Elle se mélangeait mal avec le sépia granulant que j’utilisais, et honnêtement, je ne savais pas encore comment résoudre ce type de problème technique. Après quelques essais hésitants, j’ai finalement mis le projet de côté.
Puis, ce printemps, tout a changé.
J’ai suivi un atelier avec Yesim Meltem Gozukara grâce à L’Atelier d’Aquarelle Le Partage, mon association d’aquarelle. Et là : eurêka. Quelque chose a cliqué. Je comprenais enfin comment aborder ce que j’essayais de faire depuis deux ans.
J’ai donc ressorti mon lion.
Essai 1 — Trop de tout

Mon premier véritable essai était beaucoup trop intense. Je n’avais pas vraiment de plan précis, à part “faire granuler la crinière”. Résultat : il y avait tellement de texture et de mouvement qu’on ne savait plus où regarder.
J’avais aussi ajouté un fond gris qui, au lieu de soutenir le sujet, nuisait à la composition et distrayait l’œil.
Essai 2 — Mieux, mais encore dispersé

Pour le deuxième essai, j’ai réduit l’intensité des couleurs et décidé de conserver un fond blanc. J’ai ajouté des extensions de crinière qui semblaient voler dans le vent.
La palette fonctionnait beaucoup mieux, mais il y avait encore trop de texture partout. Le regard ne s’arrêtait pas suffisamment longtemps sur l’œil du lion, qui devait pourtant devenir le point focal.
Essai 3 — Comprendre les valeurs

J’ai alors repris mes études de valeurs.

Cette étape a été déterminante. J’ai commencé à sélectionner plus consciemment les zones où la granulation devait réellement apparaître. Les poils qui s’envolaient n’apportaient finalement rien à la composition, alors j’ai choisi de les perdre.
À partir du troisième essai, l’œuvre commençait enfin à ressembler à ce que j’avais en tête.
Essai 4 — Le passage au demi-feuille
J’ai donc osé passer au format demi-feuille.
Même si la crinière demeurait encore un peu trop texturée et que certaines transitions de valeurs n’étaient pas complètement assumées, cet essai reste l’un de mes préférés pour l’énergie qu’il dégage.

Essai 5 — Le grand saut : 22 x 30
Pour le cinquième essai, je suis passée au format complet 22 x 30.
Je n’avais jamais peint une aquarelle aussi grande. Le mouillé sur mouillé sur ce type de surface demande une vitesse d’exécution et une confiance complètement différentes des petits formats.
Et pourtant… j’étais extrêmement fière du résultat.
Mais quelque chose me dérangeait encore. Le lion était trop “brossé”, presque trop illustratif. Il me faisait penser à un rendu un peu trop Disney. Je voulais quelque chose de plus fluide, plus vivant, plus atmosphérique.

Essai 6 — Se perdre pour comprendre
C’est ce que j’ai tenté avec le sixième essai.
Mais mes valeurs n’étaient pas assez solides, et j’ai commencé à hésiter dans mes choix, particulièrement autour de la gueule. Je ne savais plus exactement quoi simplifier, quoi perdre, quoi définir.
Mes transitions manquaient encore de fluidité. Mais c’est souvent dans ces moments-là qu’on apprend le plus.

Essai 7 — La découverte des edges
À ce moment-là, je venais tout juste de découvrir le concept des edges.
J’ai donc entrepris un septième essai pour pousser encore plus loin ma compréhension des transitions, des contours perdus et retrouvés, et de la façon dont les formes peuvent émerger plutôt que d’être dessinées.
Et puis un matin, il s’est produit quelque chose d’assez inattendu.

Je me suis réveillée, et mon essai numéro 5 était resté sur mon chevalet. La lumière du matin projetait l’ombre des rideaux directement sur le lion, et soudainement, il avait un corps. Une présence. Une assise dans l’espace.
J’ai immédiatement compris que cette ombre ajoutait quelque chose d’essentiel à la composition.
J’ai testé l’idée sur l’essai 6… et j’ai adoré le résultat. Cela ancrait le lion et lui donnait une posture beaucoup plus active et crédible.
J’ai donc intégré cette découverte dans le septième essai.

La fin d’un cycle
Le septième essai n’est pas parfait.
Mais je crois sincèrement que j’ai appris tout ce que ce sujet devait m’apprendre.
La granulation. Les valeurs. Les edges. Le point focal. Les transitions. Le mouvement. La simplification.
Chaque version m’a permis de comprendre quelque chose que la précédente ne pouvait pas encore révéler. Et maintenant, il est temps de passer à autre chose.
Ou presque.
Parce qu’au fond… je n’ai jamais complètement quitté ce lion.
Mon prochain projet, Passage, est directement né de cette exploration.
Cette fois, ce sera un sujet différent — mais avec tout ce que Présence m’a appris.




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